Rénovations / transformations

MAISON D'ÉCRIVAINS

LE PASSÉ AU PRÉSENT

Présenter Coppet sans évoquer Germaine de Staël reviendrait-il à parler de Versailles sans mentionner Louis XIV ? Pas vraiment. S’il est vrai que le « Groupe de Coppet » et les personnalités intellectuelles qui y sont liées contribuent à la notoriété de la commune depuis le 19e siècle, l’histoire du site peut aussi s’appréhender dans une dynamique plus large, où la notion de territoire prend le pas sur celle des individus.

Fondé au 13e siècle, le bourg se développe d’abord autour de l’activité des moulins. Les matières premières proviennent essentiellement de la côte et de l’arrière-pays, riches en vignes, pâturages et forêts. Difficile à maîtriser, le lac apparaît comme un vecteur de problèmes, charriant le froid et l’humidité, propageant les miasmes depuis ses marais. Serrées les unes contres les autres, les maisons de Coppet offrent donc leurs façades à la rue et tournent le dos à ce Léman inamical. Présente sur le cadastre de 1640, la bâtisse qui nous occupe ici s’inscrit pleinement dans ce contexte rural, avec grange et écurie, cour et verger. Cette simplicité ordinaire tiendra jusqu’au 19e siècle où, avec la découverte du lac comme élément de valeur (intérêt pour le grand paysage, tourisme, plaisance), elle perdra son affectation paysanne. La maison se transforme en lieu d’habitation et s’embourgeoise, comme en témoignent les corniches moulurées, les parquets, les portes à panneaux et le carrelage aux motifs colorés. Peu remanié au fil des générations, le volume conserve jusqu’au 21e siècle ses caractéristiques : sous un toit à deux pans avec demi-croupe, un rez-de-chaussée qui sert avant tout de remise, un premier étage avec des pièces à vivre, un comble avec deux chambres et un grenier.

Devenue inévitable, la question de la rénovation ne peut être envisagée sans une solide étude historique. Le travail en archives puis le relevé de l’état existant montrent que la maison médiévale s’est peu à peu affranchie de sa condition paysanne pour accueillir en douceur une certaine forme de modernité. Une évolution sans révolution qui permet de définir des options claires, fondées sur la compréhension profonde d’une réalité bâtie à la cohérence discutable.
Le parti retenu considère que toutes les strates du passé méritent la même attention. Sans hiérarchie qualitative, chaque époque se révèle par des interventions sobres qui visent à revaloriser les éléments dans leur matérialité comme dans leur usage. Le principe typologique d’origine se voit ainsi conservé, hormis quelques modifications mineures liées à l’aménagement des pièces d’eau. L’authenticité du lieu réapparaît dans des espaces simples et intimes, habillés de revêtements à la fois humble et noble tels que le bois, la pierre, les enduits à la chaux ou les carreaux de ciment teintés dans la masse. Discrètes ou conséquentes, les parties neuves affichent quant à elles un vocabulaire contemporain, cadré par des matériaux laissés bruts. Niveau après niveau, un concept chromatique singularise chacune des pièces, offrant à l’ensemble une homogénéité subtile et harmonieuse.

Le passé riche et dense de la maison reste aussi clairement lisible depuis l’extérieur. Assainies et débarrassées des éléments parasites, les deux façades font dialoguer des ouvertures hétéroclites munies de doubles fenêtres traditionnelles aux partitions et aux ferrements anciens maintenus. La toiture désormais isolée et équipée d’une belle verrière sauve la finesse originale de ses rives. Le balcon a été sécurisé et la cour, espace tampon entre le public et le privé, a retrouvé sa surface en boulets ainsi que son joli petit bassin en roche. Au dedans comme au dehors l’esprit du site est là, incarné dans l’équilibre de la matière et de la forme, l’une et l’autre mise en œuvre avec respect et mesure.