Tapie dans le paysage

Le terrain est étroit et se termine par un plongeon abrupt dans les eaux du Lac Léman. C'est ici, dans la pente, que se nichait une petite maison lacustre d'architecture « bernoise ». Elle a été rénovée en parallèle et fait désormais office de villa pour les invités. Elle est quasiment invisible depuis l'objet qui nous intéresse.

Comme l'objectif premier était de profiter de la vue, la maison a été construite toute en longueur. Bordurée par des haies de chaque côté – une façade restant volontairement borgne, c'est une maison qui s'avance comme avec des œillères, entièrement tendue vers la vue qui se dégage devant elle. Le garage et les parties visiteurs en premier lieu, les espaces communs au centre, ceux de détente en dernier lieu, face au paysage. Deux chambres et la suite parentale se trouvent à l'étage.

Des éléments qui se déboîtent
Sur une surface modeste se développe une multiplication d'espaces articulés, variant tailles et revêtements, qui se décalent les uns par rapport aux autres. Chaque espace profite d'une vue dégagée sur le lac. Un programme et une architecture qui offrent joue des perspectives en variant les largeurs, les hauteurs, les perspectives. Corrélativement, les niches et autres anfractuosités viennent remplir les vides : la cuisine, généreuse et familiale, possède une petite terrasse bienvenue de bon matin ; le bureau s'accompagne d'une légère échappée boisée où laisser vagabonder l'âme ; le salon trouve, lui, son apothéose en une terrasse en bois dqui longe la piscine, et surplombe le quasi vide qui s'offre à elle. S'il n'y avait les montagnes savoyardes à l'horizon, on pourrait se trouver dans une quelconque calanque méditerranéenne, où les toits-terrasses font penser à une version modernisée et simplifiée de la « Fallingwater » de l'ami Wright.

Une tonnelle métallique vient abriter la terrasse de la cuisine. La marquise du salon prolonge la chambre à coucher qui la surplombe. Un élément finement dessiné permet de relier le garage à l'entrée de la maison, tout en préservant un chemin au sec. Les élément se déboitent, mais sont tous reliés les uns aux autres par une succession de gestes architecturaux, et permettent ainsi au paysage de s'inviter dans chacune des pièces. Au centre de la maison, un escalier massif sert de socle et dissimule les éléments qui ne sont pas destinés à des fins de réception. Le sol est en noyer, comme les éléments de mobilier dessinés sur mesure.

Des marches cyclopéennes
Sur le côté, une piscine à débordement sommeille paisiblement dans une coque de béton. Elle est toute de granit noir, longue de douze mètres. Trois marches d'escalier permettent de s'en extraire et d'accéder à la pente qui mène au bord du Lac. Si vous passiez au loin en bateau, paddle ou aviron, vous en remarqueriez la discrétion. Ou pas, tellement elle s'invisibilise. D'en haut, on ne voit qu'au loin. D'en bas, l'escarpement et la végétation nous en brouillent la contemplation.